Sultans of Swing, c’est l’un de ces morceaux qu’on reconnaît en deux secondes, et qu’on a envie de jouer toute sa vie. Mark Knopfler y pose une rythmique fingerpicking élégante, des remplissages ciselés et deux solos qui ont fait le tour du monde.
Avant de s’attaquer aux remplissages et aux solos, il faut avoir la grille bien en tête. C’est l’objet de cet article : comprendre comment le morceau est construit, quelle gamme est utilisée, et ce qui rend la progression harmonique si efficace.
Ce dont tu as besoin pour suivre cet article :
- Savoir lire une grille d’accords
- Connaître la notion d’armature/armure
- Avoir une idée des cadences
Go !!!
Une première écoute
Avant tout, on se met le morceau dans l’oreille. Pas pour l’analyser — juste pour le plaisir et pour que les repères soient bien installés avant de lire la grille.
La partition
Bon, on s’est fait plaisir en l’écoutant 3 fois, on le travaille maintenant.
Voici la partition qui va servir de support :
Prends le temps de la parcourir, de repérer les différentes sections et de t’y retrouver avant de continuer.
La grille
L’analyse de la grille va nous permettre de voir comment le morceau est organisé, les différents passages et la ou les gammes utilisées.
L’armature : première information clé
La première chose à regarder sur une partition, c’est l’armature — elle est posée juste après la clé, au tout début de chaque ligne.

Ici, elle contient une seule altération : un bémol sur le B (Bb). Cela nous indique qu’on est dans l’une de ces deux tonalités :
- Ré mineur (Dm)
- Fa majeur (F)
Ces deux gammes partagent exactement les mêmes notes — seul le centre tonal change. Pour trancher, il faut écouter le morceau et repérer sur quelle note il repose. Ici, c’est clairement Dm : le morceau commence et finit sur D mineur, et toute la progression gravite autour de lui.
La mesure est en 4/4 — 4 temps par mesure, la base du rock.
La structure du morceau
À la première écoute, on, a l’impression d’avoir :
- 2 couplets + 1 refrain
- 2 couplets + 1 refrain
- 1 couplet + 1 refrain
- solo 1
- 1 couplet + refrain
- solo final.
Mais le détail est plus subtil : les couplets n’ont pas tous la même longueur, et les solos ne reposent pas sur les mêmes grilles.
Voici le découpage précis :
Pour une écoute précise, voici le découpage du morceau :
| # | Section | Timecode |
|---|---|---|
| 1 | Introduction | 0:00 – 0:26 |
| 2 | Couplet 1 | 0:26 – 1:03 |
| 3 | Refrain | 1:03 – 1:21 |
| 4 | Couplet 2 | 1:21 – 1:58 |
| 5 | Refrain | 1:58 – 2:16 |
| 6 | Solo 1 | 2:16 – 2:51 |
| 7 | Couplet 3 | 2:51 – 3:28 |
| 8 | Refrain | 3:28 – 3:46 |
| 9 | Solo 2 | 3:46 – 5:20 |
| 10 | Outro | 5:20 – 5:50 |
Les sections une par une
Entrons dans le vif du sujet en prenant chaque partie.
L’introduction
La guitare rythmique reste sur l’accord de D-, pendant que le soliste place quelques phrases d’introduction.
La rythmique de l’introduction est jouée comme ceci :

La difficulté principale : deux doubles croches sur le « et » du premier temps, alors que tout le reste est en croches régulières. Ce micro-changement de subdivision suffit à donner ce léger balancement caractéristique du morceau.
💡 Si tu débutes avec ce morceau, joue d’abord tout en croches régulières. L’intention est là, et tu pourras affiner le rythme ensuite.
L’introduction dure 8 mesures jouées sur ce même schéma.
Le couplet : deux parties distinctes
Le couplet de Sultans of Swing est composé de deux parties enchaînées, chacune avec sa propre fonction harmonique.
Première partie : La descente Dm
La première partie repose sur une descente classique :

On descend par degrés de Dm jusqu’à A7, puis on recommence. Cette progression se répète une fois.
Le point clé : le A7. n’appartient pas à la gamme de F majeure, ni à celle de Dm naturelle. — le Ve degré naturel est Am. Knopfler utilise ici un A7 emprunté à la gamme de Dm harmonique, où la septième est rehaussée d’un demi-ton. Cela introduit un C# dans l’accord de A7.
Ce C# a une propriété précieuse : il est attiré naturellement vers le D, un demi-ton au-dessus. C’est ce qu’on appelle une sensible — une note qui tire vers la tonique. C’est ce qui donne à la cadence A7 → Dm son caractère conclusif et sa tension si caractéristique.
La rythmique est la suivante :

Comme pour l’introduction, attention au changement de subdivision à l’arrivée sur le A7 : on passe brièvement en doubles croches sur un demi-temps, avant de revenir aux croches.
Partie 2 – L’extension harmonique
La deuxième partie du couplet est plus longue et ne se répète pas à l’identique. Chaque accord dure 2 mesures, pour un total de 10 mesures à la première occurrence :

À partir du couplet 2, on ajoute 2 mesures supplémentaires sur C précédé de Bb, portant la section à 12 mesures :

Cette asymétrie entre les occurrences crée une légère surprise à chaque répétition — le couplet semble vouloir se terminer, puis se prolonge un peu. C’est un des détails qui font que le morceau ne lasse pas.
Le refrain
Le refrain repose sur une progression directe : Dm – B♭ – C – C

La subtilité rythmique : entre Dm et Bb, un C est intercalé furtivement sur le « et » du 3e temps. Le Bb arrive ensuite en anticipation — joué sur le « et » après le 4e temps, donc légèrement avant le premier temps de la mesure suivante.
Cette anticipation donne le sentiment que le refrain avance, qu’il a de l’élan. C’est très courant en rock et en pop, et c’est un réflexe à intégrer dès maintenant dans ta façon d’aborder les changements d’accords.
Ce qu’on retient de cette grille
- Le morceau est en Ré mineur, confirmé par la progression et les points d’atterrissage.
- Le A7 est l’accord le plus intéressant théoriquement : emprunté à la gamme mineure harmonique, il renforce la cadence vers Dm grâce à sa sensible (C#).
- Le couplet est en deux parties : une descente répétée (8 mesures) + une extension harmonique (10 ou 12 mesures selon l’occurrence).
- Le refrain utilise une anticipation sur le Bb — à repérer à l’oreille avant de le jouer.
La suite de la série
Maintenant que la structure est claire, on peut s’attaquer à ce qui fait vraiment le charme du morceau : les petites phrases que Knopfler glisse après chaque vers chanté, et les deux solos.
